Carnet de bord

Cette section du site est dédiée à l'expérimentation. Nous partagerons avec vous les différents éléments de recherche qui inspirent nos spectacles. Cette page, en constante évolution, sera nourrie régulièrement. Revenez-y souvent!


Photos Zoo 2011 de Michel Ostaszewski

Le 26 Octobre 2011 - NTE



En guise de préambule à ZOO 2011

Le 6 Octobre 2011 - NTE


Souvenirs de Zoo 1977 : entretien avec Alice Ronfard

Le 29 Septembre 2011 - NTE


Entrevue avec Yvon Leduc, co-fondateur de la LNI et participant de la première mouture de Zoo

Le - NTE


Le spectateur émancipé

Le 21 Septembre 2011 - NTE

Le spectateur émancipé, Jacques Rancière, éditions La fabrique, Paris 2008 

«Il faut un théâtre sans spectateurs, où les assistants apprennent au lieu d’être séduits par des images, où ils deviennent des participants actifs au lieu d’être des voyeurs passifs» p.10

«Le spectateur aussi agit comme l’élève ou le savant.  Il observe, il sélectionne, il compare, il interprète.  Il lie ce qu’il voit à bien d’autres choses qu’il a vues sur d’autres scènes, en d’autres sortes de lieux.  Il compose son propre poème avec des éléments du poème en face de lui. (…)  C’est là un point essentiel : les spectateurs voient, ressentent et comprennent quelque chose pour autant qu’il compose leur propre poème, comme le font à leur manière acteurs ou dramatuges, metteurs en scène, danseurs ou performeurs.» p.19

«la performance n’est pas la transmission du savoir, du souffle de l’artiste au spectateur.  Elle est cette troisième chose dont aucun n’est propriétaire, dont aucun ne possède le sens, qui se tient entre eux, écartant toute transmission à l’identique, toute identité de la cause et de l’effet.» p.21


Libres-penseurs et matière à réflexion

Le 14 Septembre 2011 - NTE

Au coeur de Zoo 2011, on trouve non pas des individus, mais des pratiques: pratiques hétérogènes, singulières, divergentes; pratiques de subsistance, de résistance, de mise en consistance.

Chacun à leur manière, Isabelle Stengers et Matthew B. Crawford nous rappellent la vive irréductibilité des pratiques.

Éloge du carburateur. Essai sur la valeur et le sens du travail, Éditions Logique, Montréal, 2010.

“La génération actuelle de révolutionnaires de la gestion s’emploie à inculquer de force la versatilité et la flexibilité aux salariés, et considère l’ethos artisanal comme un obstacle à éliminer. Le savoir-faire artisanal signifie en effet la capacité de consacrer beaucoup de temps à une tâche spécifique et de s’y impliquer profondément dans le but d’obtenir un résultat satisfaisant. Dans la novlangue de la gestion, c’est là un symptôme d’introversion opérationnelle excessive (being ingrown). On lui préfère de loin l’exemple du consultant en gestion, qui ne cesse de vibrionner d’une tâche à l’autre et se fait un point d’honneur de ne posséder aucune expertise spécifique. Tout comme le consommateur idéal, le consultant en gestion projette une image de liberté triomphante au regard de laquelle les métiers manuels passent volontiers pour misérables et étriqués. Songez seulement au plombier accroupi sous l’évier, la raie des fesses à l’air.” p. 29

La sorcellerie capitaliste. Pratiques de désenvoûtement, La découverte, Paris, 2007.

“Les sorcières néopaïennes ont appris que la technique, ou l’art, le craft qu’elles nomment magie n’est pas d’abord ce qu’il s’agit de retrouver, au sens du secret authentique. (…) Elles ont (ré)appris la nécessité de tracer le cercle, de créer l’espace clos où puissent être convoquées les forces dont elles ont un besoin vital.” (p.187)


Souvenirs de Zoo 1977

Le 2 Août 2011 - NTE

Yvon Leduc, co-fondateur de la LNI, collaborateur de longue date du NTE  et surtout participant à la première mouture de Zoo, partage ses souvenirs.

Nous remercions Claire Beaugrand-Champagne pour le partage des photos.


Le trottoir devant la Maison de Beaujeu au 320 Notre-Dame Est à Montréal. Robert “Bobby” Breton, clown émérite, annonçait notre spectacle Zoo, comme l’indique la pancarte, notre seul instrument de marketing. (Les budgets de l’époque n’étaient pas plus importants qu’aujourd’hui. ) Le prix d’entrée était plutôt raisonnable et même moins cher que n’importe quel véritable zoo.


 

L’incomparable Robert Gravel, qui jouait le gardien et le guide du Zoo, attendant avec patience les premiers spectateurs sous les cris : « Tiens, voilà du boudin » des participants qui se plaçaient en situation à leurs places respectives.


 

La femme accidentée jouée par Anne-Marie Provencher qui a su courageusement se maquiller de Ketchup par ces soirées chaudes de juillet.


Le couple nu,  une femme et un homme , les plus connus que nous ayons eu comme participants. Vous aurez reconnu l’auteure Marie Cardinal et son mari Jean-Pierre Ronfard, qui a un petit air Jean-Paul Sartre. Dans ce coin cuisine, le couple s’engueulait en écoutant la radio.


Jean-Pierre Gravel (aucun lien de parenté avec Robert) déguisé soi-disant en ours polaire des changements climatiques à venir. Il accueillait les spectateurs à la sortie.


Yvon Leduc en homme-grenouille sous l’aquarium abritant poissons rouges, carpes et autres barbottes. On leur faisait face en pénétrant dans l’allée des “zombies divers”.


Face à ” La femme accidentée “, notre porcherie avec nos trois petits cochons : Roger, Gaetane et Rachel, entraînés par Benoît.


L’équipe de Zoo 1977


Extraits d’un texte sur Zoo 1977

Le 27 Juin 2011 - NTE

Extraits d’un texte écrit par Robert Gravel et publié dans la revue TRAC

« Il serait intéressant un jour, dis-je, de faire un jardin zoologique dans notre théâtre, un jardin où l’on ferait alterner des animaux vivants et des êtres humains dans des cages, avec des spectateurs qui déambuleraient à travers comme dans un véritable zoo… » 

Il fut décidé durant le mois d’avril ’77 que j’allais me charger de mener à bien le projet…Une première échéance fut fixée au 24 juin, date qui semblait idéale pour ouvrir une ménagerie. Pour faire le zoo, c’est-à-dire le penser et le construire, je demandai d’abord à Yvon Leduc et Benoît Ronfard de se joindre à moi…Je connaissais leur ardeur au travail de même que leur esprit d’initiative…Tous les trois nous mîmes sur papier un aperçu de ce que devait à peu près contenir les cages.

Ce fut sur la terrasse du restaurant de la Maison de Beaujeu (qui regarde le marché Bonsecours), par un soit tiède de la fin du mois de mai, que nous décidâmes d’un plan d’attaque qui allait nous permettre, dans la mesure du possible, de trouver tout le matériel  nécessaire sans débourser d’argent…(déjà quelques mannes folichonnes volaient en désordre autour des lumières de la terrasse…) Une solution s’offrait immédiatement à nous : trouver tout le matériel dans les « dompes » ou si vous préférez dans des dépotoirs…Nous décidâmes de prendre deux fins de semaine pour trouver tout le matériel…Nous allions faire quatre sorties, quatre battues dans les environs de Montréal à la recherche de dompes… La première date choisie fut le samedi 4 juin. Dès cette première journée, nos recherches nous amenèrent jusqu’en Ontario et c’est là, sur la route Montréal-Ottawa, avant d’arriver à L’Orignal, que nous trouvâmes une des dompes les plus accueillantes qu’il me fut donné de visiter….S’y côtoyaient d’intéressants détritus ménagers et des déchets industriels des plus originaux…Ce jour-là, le samedi 4 juin, le soleil éclairait vivement cette dompe magnifique et faisait ressortir les mille et un tons de brun…Nous étions gais!

Ainsi chaque soir nous revenions joyeux, les deux véhicules chargés à ras bord de marde fraîche que nous dompions derrière le restau de Beaujeu…Puis le lendemain, nous repartions de plus belle vers de nouvelles aventures! Ici je me dois de donner une mauvaise mention à la dompe de Sainte-Julie car c’est là que nous fûmes le plus mal accueillis. Dès notre arrivée là-bas nous vîmes des morceaux qui excitèrent notre imagination… À peine avions-nous commencé à les embarquer dans les camions qu’une grosse Cadillac ’63 verte arriva brusquement dans un nuage de poussière… Au volant était une grosse femme d’une laideur excessive qui n’a pas été gentille du tout… Elle a dit que c’était à elle la dompe pis qu’on faisait mieux de s’en aller au plus vite parce qu’elle irait chercher son mari pis ses gars… ( À quelle sorte de Hillbellys aurions-nous eu à faire? C’était Délivrance!) Je m’avançais prudemment. « Madame, nous ne savions pas que vous étiez propriétaire de cette dompe…nous regrettons… mais nous sommes prêts à payer les morceaux que nous prendrons…c’est pour un spectacle de théâtre… nous sommes des artistes… » Ses deux petits yeux sournois s’éclairèrent une fraction de seconde (sans doute pensait-elle à Rue des pignons, son émission favorite…) mais redevinrent aussitôt méchants… Elle s’était engagée trop loin dans sa colère « Allez-vous-en bande de tabarnak! » meugla-t-elle! Nous DÉGUERPITES!… 

À 7h. (a.m.) le lundi 13 juin, nous commençâmes à charrier le matériel de l’arrière du restaurant à l’intérieur de théâtre… C’était énorme. Il y avait des tonnes de planches délavées, des tonnes de pitounes, des mille de broches, des bouts de clôture à neige, des grilles, du grillage, du screen, un vieux puit de lumière, des pièces d’auto, des morceaux de canoës, des cèdres, du plastique sous toute les formes, un aquarium à ménés, des vieux stores vénitiens, de la brique rouge, des portes de grange au complet, des animaux empaillés, de la paille, du sable, des outils et des clous! Dans l’après-midi de ce même 13 juin, nous élaborâmes sur papier un vague plan du zoo… L’idée en gros était d’établir une première partie à l’allure « saine » avec du grand air et de la verdure, le dôme géodésique devant être l’élément principal de cette section… puis, une deuxième partie devenant de plus en plus étroite et étouffante avec l’apparition des cages à humains… C’était le plan en gros, le reste allait être improvisé…

Le zoo prenait forme… sans idéologie (apparente) … sans l’idée de choquer… ou d’amuser… il prenait forme… that’s all! Le 24 juin approchait… Dans ma tête, trois problèmes se posaient : premièrement, les risques d’incendies… maintenant, la sortie de secours allait être atteignable qu’après être passé par l’étroit couloir des zombies… Or, une seule personne pouvait s’y glisser de front… et tout ce bois employé qui devenait de plus en plus sec à mesure que nous avancions dans les travaux… nous allions ignifuger bien sûr… mais si le gros inspecteur des incendies retontissait et, cherchant la sotie de secours, déchirait son costume dans l’étroit couloir? Deuxièmement : j’avais énormément de difficulté à imaginer que des animaux vivants allaient entrer dans ce local, au-dessus d’un restaurant!… J’imaginais toute la marde à ramasser, les soins à apporter aux animaux qui ne manqueraient pas d’être malades… et les problèmes possibles avec les gens de la santé et de l’hygiène… je pensais aux mouches et aussi aux rats qui allaient peut-être infester la Maison de Beaujeu! Troisièmement : le problème de recruter des comédiens me hantait…il fallait trouver 15 comédiens au minimum ( un zoo ne connaissait jamais de maximum) qui allaient accepter d’habiter les cages quatre heures d’affilée et ce durant 30 jours au moins!

Un coup que l’environnement fut installé, il fallut l’habiter! Les cailles, les pigeons et les lapins furent achetés sur la rue Saint-Laurent dans les divers marchés…les poissons rouges, les rats et les souris blanches furent achetés dans les pet-shops…les poules et les cochons furent achetés à la campagne à Saint-Théodore d’Acton… leur nourriture également…Les cochons furent dûment vaccinés et furent affectueusement appelés Gaëtane, Roger et Rachel… Durant toute son existence, le zoo ne reçu qu’un seul don : un petit suisse… Les comédiens furent recrutés parmi nos amis et parmi les amis de nos amis… Je fis une grosse réunion où j’exposais mon idée de ce que devait être le travail des comédiens dans les différentes cages… Certains comédiens désiraient garder la même cage pendant toute la durée du zoo, d’autres voulaient changer pour expérimenter diverses situations, d’autres enfin voulaient habiter une cage pour un soir seulement… pour le kik! Il allait donc être impossible de lever une équipe stable… Nous décidâmes d’y aller au jour le jour… demain Dieu pourvoirait ou enfin…quelque chose du genre! Une équipe fut recrutée pour le soir de la première qui tomba le 25 juin avec un jour de retard… Durant cet été ’77, un miracle se produisit :il y eut au moins 15 comédiens tous les soirs pendant 30 soirs… chapeau à ceux qui habitèrent les cages!

La plus belle aventure du zoo fut sans conteste la fois où nous n’étions que 14 comédiens au moment de l’ouverture… Arriva un jeune homme- premier spectateur… « Veux-tu être dans une cage? » lui demandâmes-nous! « Pourquoi pas! » dit-il… et ce jeune homme se maquilla, se mit des guenilles sur le dos et fit un zombie pendant quatre heure… il ne vit jamais le zoo mais joua dedans et nous ne le revîmes jamais!

Robert Gravel