Carnet de bord

Cette section du site est dédiée à l'expérimentation. Nous partagerons avec vous les différents éléments de recherche qui inspirent nos spectacles. Cette page, en constante évolution, sera nourrie régulièrement. Revenez-y souvent!


Entretien avec Alexis Martin au sujet de « Sounjata »

Le 20 Septembre 2016 - NTE

Entretien avec Alexis Martin

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© Karine St-Arnaud

Q. Comment est né le projet d’une pièce créée en collaboration avec des Africains ? Est-ce dans la continuité de l’ouverture du Nouveau Théâtre Expérimental aux différentes communautés culturelles?
« C’est le directeur du festival de théâtre de rue de Marrakech, Khalid Tamer, qui m’a invité et fait connaître le travail du marionnettiste Yaya Coulibaly, pour ensuite me proposer de faire un spectacle en commun. C’est un projet motivé par la découverte d’une altérité qu’on ne voit pas souvent ici, car les Africains sont vraiment peu présents sur nos scènes ! C’est un peu la mission du NTE d’aller vers des territoires moins explorés et de travailler avec des gens qui ont un autre bagage théâtral. Le spectacle raconte donc l’histoire de Sounjata, fondateur de l’Empire du Mali, mais c’est aussi un prétexte pour provoquer un dialogue entre deux cultures. Ainsi, on compare des notions comme l’accueil et l’hospitalité, qui existent en miroir dans le mythe de Sounjata. »

Q. Pouvez-vous nous parler un peu du mythe de Sounjata?
« C’est un poème épique, une épopée de libération qui se déroule au XIIIe siècle, lorsque Sounjata abolit l’esclavage (qui existait bien avant les Européens !). Il fait une déclaration, cinq siècles avant les États-Unis, comparable à une charte des droits et libertés : le « Serment des chasseurs du Manding ». Au fond, c’est une façon de dire que l’Afrique a une histoire qu’on ne connaît pas, qu’il y a là une société complexe au plan social. Sounjata, c’est une histoire archi-connue pour les Maliens alors que nous ne connaissons même pas son existence. Sounjata nous rejoint pourtant de façon troublante. Il naît paralytique, alors que Jésus est un nouveau-né sans défense. Par contre, Sounjata devient roi et triomphe politiquement, contrairement à Jésus. Ce que je trouve beau dans ce mythe, c’est que le méchant, Sumanguru, ne meurt pas. Il fait partie de l’équilibre, il exerce une pression sur les autres, les triomphateurs, et devient un contre-pouvoir essentiel. »

Q. L’histoire de ce roi né paralytique dont personne ne veut, renvoie à un enjeu majeur du monde dans lequel on vit, confronté aux migrations de populations et à l’intégration des étrangers?
« En effet, on n’accepte pas le fait qu’accueillir l’étranger comporte un risque. Nous vivons dans des sociétés qui n’acceptent plus le risque, preuve en est l’essor de l’industrie de l’assurance et les fantasmes de cryogénisation ! Les gens veulent être accueillants mais sans que ça les dérange. Ça va bientôt devenir l’enjeu majeur de notre monde, parce qu’il y aura beaucoup de déplacements de populations avec les changements climatiques. »

Q. La pièce raconte le voyage de deux agronomes québécois qui débarquent au Mali et vivent un choc culturel qui les confronte à eux-mêmes. On peut dire que c’est une pièce sur l’altérité?
« En effet, le voyage est toujours un révélateur, surtout pour les couples, parce qu’il nous plonge soudain en-dehors de notre zone de confort et jette un nouvel éclairage sur nos gestes, actions et réflexions. Je me sers de ça pour essayer de faire éclater la perception que le couple a de lui-même et des autres, en m’inspirant de mes propres préjugés. Il y a le cliché des Occidentaux qui arrivent en Afrique bardés de médicaments, ce qui fait rigoler les Africains, mais ce sont surtout deux conceptions de la vie humaine qui se heurtent, deux attitudes par rapport à la maladie et la mort, au destin humain. À Bamako, j’ai rencontré un pharmacien diplômé de l’université de Grenoble croyant à la chiromancie, à la numérologie et à la géomancie animiste. Il a dressé tout un profil de ma vie, dont je ne révélerai pas ici les contours… j’ai droit à ma vie privée!
À l’inverse des Africains, notre pensée mythologique est dévitalisée, notre imaginaire est plutôt inspiré par la rationalité technoscientifique et le progrès. Ceci dit, il y a encore une frange importante de la population nord-américaine qui vit de foi et de rituels. »

Q. Le couple québécois sera initié à la légende malienne. La pièce raconte une initiation?

« À travers la rencontre de l’autre et en participant à la représentation du mythe, le couple se trouve en effet à s’impliquer dans le récit. Sounjata, roi libérateur, suscite une réflexion sur le couple comme prison plus ou moins tolérable selon qu’on est plus ou moins capable de communiquer et de reconnaître ce fait-là, sans faire semblant que c’est un épanouissement sans heurt. Ils sont aussi confrontés à leur incapacité à sortir de l’anecdote, du donné immédiat pour entrer dans un temps autre. On s’y raccroche comme si on n’était plus capable de voir la dimension symbolique des choses. »

Q. Manquons-nous de symbolisme dans notre société?
« Oui, je pense qu’on est dans une dictature de la réalité, une réalité des processus de liquidation du monde, de sa « mise en marché » globale et sous l’égide d’un « progrès indéfini ». Notre temps est vide et homogène, menant toujours vers un progrès, mais lequel? C’est notre mythe, notre croyance. Comment définir le progrès humain? Je crois que la force du symbolisme nous échappe. C’est d’ailleurs pourquoi la culture est souvent considérée comme un produit de consommation comme un autre : parce qu’on nie le fait qu’il y ait autre chose que la réalité immédiate. La culture, c’est l’humain qui transforme la réalité pour en faire autre chose. C’est la force du négatif, une force de révolte envers le donné qui imprime du sens aux choses et au devenir. »

Q. La pièce rassemble des artistes québécois et maliens. Comment se sont intégrées les deux équipes?
« Nous travaillons dans un climat très bon enfant et il y a une bonne communication dans l’équipe. On joue deux Canadiens qui débarquent en Afrique, ce qui donne lieu à une rencontre où l’on essaie de construire quelque chose ensemble. Yaya Coulibaly montre aux autres comment manipuler les marionnettes et l’on entre dans une forme d’apprentissage désinvolte. C’est amusant parce qu’on joue avec la maladresse. On ne fait pas semblant d’être expert. Les Maliens dirigent les mouvements de marionnettes, avec la participation de Karine St-Arnaud qui est marionnettiste, et moi je modifie beaucoup le texte en rajoutant des trucs dans leur langue. Ça été un travail d’atelier pour lequel on a eu peu de temps. Il faut dire que les canaux entre l’Afrique noire et le Canada ne sont pas très développés, c’est le moins qu’on puisse dire ! »

Propos recueillis par Elsa Pépin, été 2016

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Alexis Martin, en résidence de création pour «Sounjata» à Marrakech, septembre 2016 © Karine St-Arnaud


L’équipe de « Sounjata »

Le 16 Septembre 2016 - NTE

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Alexis Martin, co-concepteur du projet, auteur et metteur en scène (Montréal).
Alexis Martin est un comédien, metteur en scène et auteur de théâtre, issu du Conservatoire d’art dramatique de Montréal. Il a écrit plus de vingt-cinq textes originaux et joué dans plus de 45 productions. Il est le codirecteur artistique du Nouveau Théâtre Expérimental avec Daniel Brière. L’Afrique lui est tombée dans l’œil en 2000, lors d’un voyage au Cameroun, pour la présentation du film Un 32 août sur terre, de Denis Villeneuve. Depuis, il n’a cessé de penser à ce continent comme à une sorte de dernière frontière artistique, l’échappée du calendrier ordinaire, le 32e jour du mois qu’on attend en vain depuis si longtemps, mais qui est là, pourtant, au bout du cœur!

Yaya Coulibaly : co-concepteur du projet et marionnettiste (Mali).
Yaya Coulibaly est le dépositaire et le passeur d’une tradition de marionnettistes qui remonte au XIe siècle. Il a grandi dans une famille où l’on fabrique des marionnettes de père en fils. Après des études à l’Institut National des Arts (INA) de Bamako puis à l’Institut de la Marionnette en France, il forme, en 1980, la compagnie Sogolon pour promouvoir le théâtre de marionnettes d’influence Bamana, Somono et Bozo. Depuis, il est devenu le gardien de la tradition Bambara, la plus vieille et la plus riche d’Afrique, tradition qu’il fait découvrir au monde entier grâce aux tournées de sa compagnie.

Khalid Tamer, directeur artistique du projet (Maroc).
Danseur et chorégraphe de formation, Khalid Tamer est aussi un metteur en scène et un créateur dynamique qui a mis sur pied plusieurs organismes artistiques. En 1998, il crée la compagnie Graines de soleil et en 2004, le Festival au Féminin, un festival multidisciplinaire tournant autour de la créativité artistique féminine et de la diversité culturelle. Il dirige également le Collectif Éclats de Lune, créé en 2005 par des artistes français et marocains. Éclats de Lune produit des spectacles, organise des formations, accompagne des projets culturels innovants qui visent à nourrir la création contemporaine marocaine et africaine. En 2007, il crée le projet qui réunit l’ensemble de sa démarche : Les Rencontres Artistiques Internationales en Places Publiques Awaln’art.

Habib Dembélé, interprète (Mali).
Habib Dembélé dit « Guimba National » est un comédien, écrivain et humoriste malien. Après des études à l’Institut National des Arts à Bamako (INA), il devient porte-parole de la Jeunesse Francophone, en 1985, en Côte d’Ivoire. De 1986 à 1987, il travaille au Kotéba national, une troupe de théâtre publique au Mali. En 1992, il crée une compagnie privée, la Compagnie Gouakoulou avec Ousmane Sow et Michel Sangaré, puis crée sa propre compagnie, Guimba national, en 1997. Il est aussi membre fondateur, avec Jean-Louis Sagot-Duvauroux et Sotigui Kouyaté, de la compagnie Le Mandeka Théâtre, une structure de promotion et de création littéraire et artistique. En 2005, il entame une collaboration active avec le Théâtre des Bouffes du Nord et Peter Brook. Il participe à deux spectacles majeurs : Tierno Bokar et Sizwe Banzi est mort. Ce dernier spectacle a été présenté plus de 600 fois à travers le monde entier.

Karine St-Arnaud, interprète (Montréal).
Comédienne diplômée du Collège Lionel-Groulx, marionnettiste, Karine St-Arnaud signe également des mises en scène et agit en tant que directrice artistique du Théâtre sous la main. Elle a participé à plus d’une quarantaine de productions montréalaises dont: D pour Dieu ? de Simon Boudreault (Théâtre d’Aujourd’hui et Ateliers Jean-Brillant), Unity 1918, mise en scène de Claude Poissant (Espace go et Denise-Pelletier), La voix humaine 9, mise en scène de Stéphane St-Jean (Théâtre Lachapelle), Paul Flou, de Karine St-Arnaud (salle Claude-Léveillé de la Place des Arts), puis en tournée au pays, avec entres autres, le Théâtre PàP, le Théâtre Motus, le Théâtre sous la main, le Théâtre des petites âmes, Voltage création et Vis Motrix. Pour le quintette à vent Pentaèdre, elle conçoit, met en scène et interprète deux contes musicaux illustrés en marionnettes : Les aventures de Pinocchio et Max et les Ogres, tous deux finalistes aux Prix Opus dans la catégorie Concert jeunesse de l’année. Prochainement, on pourra aussi la voir, entre autres, dans Le Banc à manivelle de David Magny et Karine St-Arnaud et dans Mémoire de Lou de l’Avant-Pays

Steve Laplante, interprète (Mntréal).
Steve Laplante est formé en interprétation à l’École nationale de théâtre du Canada. Dès sa sortie, il est engagé coup sur coup par Wajdi Mouawad et obtient le prix OFQJ-Rideau pour son interprétation dans Littoral. Par la suite, il a joué sous la direction de plusieurs grands metteurs en scène, dont Claude Poissant, Frédéric Blanchette, Daniel Brière et Yves Desgagnés. Il a également participé à quatre productions de la Manufacture, dont Coma Unplugged, par Denis Bernard, qui lui vaut une nomination aux Masques. Au cinéma, il a, entre autres, interprété le personnage principal dans l’adaptation cinématographique de Littoral de Wajdi Mouawad. Aussi auteur, l’Académie québécoise du théâtre a attribué à sa pièce Entre deux le Masque de la meilleure production de théâtre privé. Sa pièce Le long de la principale, publiée chez Dramaturges Éditeurs, a été présentée en lecture au Théâtre du Rond Point à Paris et au Centre National Dramatique des Alpes à Grenoble.

Zakariae Heddouchi, concepteur musical et musicien (Maroc).
Diplômé en scénographie de l’Institut Supérieur d’Art Dramatique de Rabat, Zakariae Heddouchi se spécialise dans le patrimoine musical marocain. En 1999, il fonde le groupe Afouss, qui se distingue par son métissage du répertoire marocain avec d’autres cultures et musiques du monde. En 2001, il rencontre la compagnie Graines de Soleil, avec laquelle il collabore depuis. En 2010, il joue dans Profils Atypiques, mis en scène de Khalid Tamer et Julien Favart. Son expertise musicale l’amène à concevoir la musique de nombreux spectacles de rue et de cirque. Il bénéficie d’ailleurs d’une résidence à la Cité des Arts de Paris, ce qui lui permet de collaborer avec de multiples compagnies œuvrant dans ces disciplines.

Virginie Chevalier, scénographe et conceptrice de costumes (Québec et Maroc).
Formée par le voyage et détentrice d’une formation à l’UQÀM en arts visuels, la plasticienne Virginie Chevalier s’intéresse d’abord à la matière et aux formes. Mêlant sculptures, dentelles, vidéos, ses productions se situent au confluent de la performance et du tableau vivant. Elle est cofondatrice, en 2003, de la coopérative Les ViVaces dont le travail s’appuie sur la transformation des déchets. Elle se joint ensuite au Collectif Éclats de lune en 2008, où elle trouve un espace de prédilection pour poursuivre son dialogue avec la matière, tout en mettant à profit ses talents de scénographe, marionnettiste et costumière sur toutes les créations du collectif.

Étienne Boucher, concepteur d’éclairage (Montréal).
Depuis sa sortie de l’École Nationale de Théâtre du Canada en 1999, Étienne Boucher est très sollicité pour ses conceptions d’éclairage tant pour le théâtre et la danse que pour les comédies musicales et l’opéra. Il a participé à près d’une centaine de productions. Fidèle complice de metteurs en scène tels que René Richard Cyr, Brigitte Haentjens et Martin Faucher, il collabore depuis 2004 avec la compagnie Ex Machina et le metteur en scène Robert Lepage. L’association avec ce dernier a débuté avec La Celestina (Espagne), et s’est poursuivie avec Lipsynch en tournée internationale, The Rake’s Progress (présenté en coproduction à Bruxelles, Lyon, San Francisco, Londres, Madrid et Milan) et Le Rossignol et autres fables (Toronto et festival d’Aix-en-Provence en 2010). Au fil des ans, Étienne Boucher a accumulé de nombreuses accolades, récoltant plusieurs nominations à la Soirée des Masques et réalisant un doublé, en 2007, en recevant le Masque de la conception des éclairages pour Du vent entre les dents et La Dame aux camélias.

Renaud Pettigrew, directeur technique et de production, régisseur (Montréal).
Renaud Pettigrew cumule plus d’une quarantaine de conceptions à son actif. Il collabore aux côtés de plusieurs auteurs et metteurs en scène québécois dont Michel Lefebvre, Phillipe Lambert et Jean-Phillipe Lehoux, Marie Brassard, Alexandre Fecteau et Frédéric Dubois. Très en demande dans le milieu de la tournée, on lui confie la régie d’éclairages d’Ex Machina (887, Lipsynch,Jeux de cartes, La Face cachée de la Lune), de Sibyllines (Woyzeck), du Théâtre d’Aujourd’hui (Belles-Sœurs), du chanteur Pierre Lapointe (Sentiments humains en tournée) et du Festival Juste pour rire (Les Fourberies de Scapin). Plus récemment, il a travaillé sur les productions Coco, présentée à La Petite Licorne, Simone et le whole shebang, à la Salle Fred-Barry et sur le dernier spectacle de la chanteuse Fanny Bloom ( Fanny Bloom solo – Dare to care).


Genèse du projet « Sounjata »

Le - NTE

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Ce projet de théâtre est né de la rencontre entre un Marocain, un Québécois et un Malien, lors du festival de théâtre de rue Awaln’art à Marrakech en 2011. Le directeur de ce festival, Khalid Tamer, a eu la bonne idée de présenter le metteur en scène et dramaturge québécois, Alexis Martin, au marionnettiste malien, Yaya Coulibaly. De cette rencontre, naquit l’envie de créer un spectacle en commun. L’idée maîtresse : donner un point de vue québécois sur une période de l’histoire africaine, et plus spécifiquement, celle du Mali : comment un Nord-américain peut-il interpréter une histoire à laquelle il n’a pas pris part, à laquelle il n’est pas lié, autrement que par son humanité? Pour le Québécois, l’Afrique est une altérité réelle, fondamentale : il n’y a pas plus étrange que ces gens qui parlent le français, mais sont radicalement différents dans leur façon d’habiter le monde… de le chanter, de l’animer. Les liens qui existent sont tous modernes, récents, à peine pensés.

Alexis Martin, « débarque » au Mali et s’inspire de l’histoire du pays pour donner sa version des événements ; le marionnettiste Coulibaly reprend le récit au vol et lui donne chair avec ses accents à lui, module le chant premier, et la toile dramatique qui naît est unique : un Québécois qui, en conjonction avec son interlocuteur africain, interprète une partie de l’histoire infra ou postcoloniale africaine. Voilà la prémisse essentielle du projet. Deux comédiens québécois, trois maliens et un musicien marocain forment l’équipe de spectacle, sous la houlette d’Alexis Martin. Ces artistes sont tour à tour manipulateurs des marionnettes, conteurs et musiciens, une polyvalence assez répandue au Québec, comme au Maroc et au Mali d’ailleurs! Ce qui importe, au fond, c’est de mêler les expériences et surtout, les regards : entre colonisés ; entre Américains et Africains ; entre blancs et noirs ; entre dramaturge et marionnettiste. Il s’agit d’aller à la rencontre de la tradition de storytelling malienne et de créer un conte en commun, québécois et malien, pour le présenter à Marrakech et à Montréal. L’Afrique est un territoire sous-représenté dans nos imaginaires, si peu d’échanges théâtraux ont été engagés. Pourtant, et plus que jamais, l’Afrique nous semble le véritable vecteur d’échanges marqués au sceau de l’altérité.

Le NTE se consacre à l’expérimentation, sous toutes ses formes : quelle soit formelle, culturelle ou sémantique. Le fait d’aller vers des territoires culturellement exogènes, voilà qui nous remplit d’aise, qui conforte notre désir de marcher ailleurs, hors-piste. L’Afrique noire est certainement l’un des derniers lieux de dépaysement, de mise en question des repères identitaires usuels. La rencontre avec le matériau culturel et culturel africain donne au NTE une autre posture soudainement : nous ne sommes pas à tenter de brouiller les codes habituels du théâtre occidental ; mais bien plutôt de les comprendre à travers le filtre totalement hétérogène d’une vision africaine, si différente, de la vie et du destin terrestre. C’est une forme d’auto examen des codes de la représentation que provoquent la rencontre du répertoire, des habitus et du substrat folklorique malien! Nul doute que le NTE en ressortira grandi, agrandi et métissé!

Depuis 2005, soulignons l’ouverture marquée du NTE vers les communautés culturelles de Montréal. Le NTE provoque la rencontre avec l’autre et tisse des liens actifs, affectifs et transculturels en créant des spectacles qui mettent en scène des personnages issus de diverses communautés culturelles. Ainsi, La nouvelle télé communautaire de Montréal invitait des Bulgares, des Vietnamiens, des Haïtiens, alors que la culture indienne était à l’honneur avec La marche de Rama, le Salon international du théâtre contemporain et Rêvez, Montagnes!

Aujourd’hui, la compagnie tourne un regard curieux et avide vers l’Afrique : quel territoire neuf, riche et fertile pour les créateurs à l’imaginaire débridé que sont les artisans du NTE!