Carnet de bord

Cette section du site est dédiée à l'expérimentation. Nous partagerons avec vous les différents éléments de recherche qui inspirent nos spectacles. Cette page, en constante évolution, sera nourrie régulièrement. Revenez-y souvent!


Daniel Brière nous parle de “LEO”

Le 24 Octobre 2012 - NTE

Au fil de mon parcours comme comédien et comme metteur en scène, j’ai toujours réfléchi à la notion d’écriture scénique, et aux différents matériaux (littéraires ou autres) qui peuvent construire une dramaturgie.
J’ai ressenti une très forte parenté d’esprit avec un certain théâtre contemporain allemand, que j’ai découvert au début des années 2000. La force et la radicalité de l’écriture scénique de spectacles allemands ont ainsi réaffirmé mon désir d’envisager la mise en scène comme une écriture à part entière, écriture qui n’est pas toujours, pas forcément, au service d’un texte dramatique.

C’est au moment des répétitions du Plan américain (création du Nouveau théâtre expérimental, 2008), que la compagnie allemande Circle of eleven m’a approché en m’offrant d’être metteur en scène invité pour créer un spectacle. Alors que la tradition de cette compagnie était plutôt la création de spectacles circassiens, son directeur a manifesté le désir de développer un objet théâtral plus pointu, en explorant les possibilités de créer un spectacle hybride entre le théâtre, la danse et le cirque.

Le défi était de taille, puisqu’il s’agissait de développer un spectacle d’environ une heure, avec un seul interprète, Tobias Wegner, à partir d’un segment de cinq minutes. Ce segment était une idée originale de l’interprète, et c’est dans une grande intimité que nous avons travaillé ensemble à partir de cette idée. Cette invitation était absolument en phase avec mes réflexions sur ma pratique et sur le travail de mise en scène puisque, pour la première fois, le point de départ n’était pas un texte, mais plutôt une gestuelle, ainsi qu’une technologie interrogeant la perception. Jouer ainsi avec la duperie et l’illusion m’a semblé un territoire d’exploration formidable !

Les résidences de création ont eu lieu en alternance à Berlin et à Montréal. La période de travail au Nouveau théâtre expérimental m’a permis, en quelque sorte, d’arrimer ce qui constituait une nouvelle expérience à mon parcours entamé au NTE depuis plusieurs années. Bien avant que je devienne co-directeur, le Nouveau théâtre expérimental a soutenu ma démarche de metteur en scène. Jean-Pierre Ronfard m’a ouvert les portes du NTE comme comédien, mais, rapidement, il m’a encouragé à mettre en scène des ateliers ou des spectacles. Depuis que je partage la direction avec Alexis Martin, j’ai le privilège de pouvoir, comme metteur en scène, explorer régulièrement ma pratique dans la plus grande liberté. Je crois que Léo est un spectacle qui ressemble à ma façon de voir le théâtre et surtout à ma perpétuelle remise en question des définitions et des contours de ma pratique. Il est donc non seulement cohérent mais important que le fruit de cette aventure à l’étranger soit présenté entre les murs du Nouveau théâtre expérimental.

DRAMATURGIE SILENCIEUSE

Léo est un spectacle difficile à nommer, à catégoriser, car il est précisément né d’une démarche inclassable. Il s’agit d’un spectacle où aucun mot n’est prononcé, et pourtant il existe bien une courbe dramatique, des enjeux, une quête, et un personnage qui évolue et se transforme. J’aurais pu dire « dramaturgie de plateau », « partition scénique », ou toute expression nous rapprochant d’un théâtre qui ne repose pas sur un texte. C’est un objet qui, à mes yeux, appartient véritablement au théâtre, car il s’agit d’une écriture dont la précision est équivalente à la précision de la langue d’un dramaturge. Chaque temps, chaque suspension, chaque geste, chaque expression du visage de l’interprète, tout a été choisi comme l’écrivain choisit ses mots.

Si la prouesse physique et technique de l’interprète Tobias Wegner procure au spectateur une sorte de jubilation propre  l’art du cirque, j’ai cherché à ce que cet aspect demeure subtil. La théâtralité de la proposition réside donc dans le mariage entre le spectaculaire et le non spectaculaire, entre la réalité et le fantasme, entre la nature et le rêve, entre la vie soumise aux lois de cette nature (la gravité) et la projection d’un soi dégagé de sa condition.

L’HUMOUR

L’humour de Léo repose principalement sur la transparence d’un procédé créant une illusion. Le spectateur trompé choisit délibérément d’être trompé. Il participe volontiers, en quelque sorte, à sa propre duperie. Il est un « manipulé consentant », et s’en amuse. À mes yeux, le spectacle atteint sa pleine force quand le spectateur est surpris par l’émotion qui peut le gagner malgré l’apparente légèreté de cette proposition ludique. Par instants, la solitude et le désarroi du personnage sont plus forts que « l’ingénieuse magie » qui fait rire ou sourire. La poésie du spectacle réside, entre autres, en ce personnage qui transcende sa réalité, qui, en quelque sorte, déplace, désoriente, défamiliarise le spectateur : l’ordinaire est ainsi désaxé, et nous sommes en situation de poésie.

Daniel Brière


LEO, la bande-annonce

Le 19 Septembre 2012 - NTE


Lancement saison 2012-2013 d’Espace Libre

Le 22 Août 2012 - NTE

photo Sylvain Majeauphoto Sylvain MajeauPhoto Sylvain Majeau


LEO vu par Daniel Brière

Le 22 Mai 2012 - NTE


De la grande visite au NTE !

Le 13 Avril 2012 - NTE