Carnet de bord

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«Camillien Houde, le p’tit gars de Ste-Marie»

Le 25 Août 2016 - NTE

Spectacle Camillien Houde

UNE FRESQUE THÉÂTRALE HISTORIQUE POUR CÉLÉBRER MONTRÉAL ET SES HABITANTS!

Texte : Alexis MARTIN
Mise en scène : Daniel BRIÈRE et Geoffrey GAQUÈRE
Avec Pierre LEBEAU, Josée DESCHÊNES, six autres interprètes
et une trentaine de citoyens du Centre-Sud.
Une production d’Espace Libre et du Nouveau Théâtre Expérimental

Espace Libre et le Nouveau Théâtre Expérimental (NTE) s’associent aux acteurs culturels, commerçants et communautaires de leur quartier pour créer un spectacle déambulatoire gratuit autour de la vie de Camillien Houde, personnage marquant de l’histoire politique municipale et provinciale. Camillien Houde, « le p’tit gars de Sainte-Marie », un spectacle de la programmation officielle du 375e anniversaire de Montréal, sera présenté du 22 août au 2 septembre 2017.

Écrit par Alexis Martin (codirecteur artistique du NTE), Camillien Houde, « le p’tit gars de Sainte-Marie » sera mis en scène par Daniel Brière (codirecteur artistique du NTE) et Geoffrey Gaquère (directeur artistique d’Espace Libre). Ces derniers auront le privilège de diriger huit comédiens de renom, dont Pierre Lebeau dans le rôle-titre et Josée Deschênes qui incarnera son épouse. De plus, une trentaine de résidents du Centre-Sud seront mobilisés pour interpréter les concitoyens de l’ancien maire. Pour ce faire, ils seront accompagnés, pendant tout le processus de création, par des professionnels en théâtre et ils participeront à de multiples ateliers préparatoires.

Lundi dernier (22 août) au théâtre Espace Libre, c’est en présence du maire de Montréal, Denis Coderre et de Serge Postigo, commissaire adjoint aux célébrations du 375e de Montréal que nous dévoilions les détails entourant le spectacle. Voici l’allocution d’Alexis Martin et l’extrait lu par Pierre Lebeau lors de cette conférence de presse:

Camillien HOUDE, ou Monsieur Montréal ; Camillien HOUDE, ou le p’tit gars de Sainte-Marie…
Aujourd’hui, pour la plupart des Montréalais, Camillien Houde, c’est une bonne côte pour se faire des mollets en bicycle à pédales. Mais c’est oublier que l’homme Houde, c’est un des maires qui a régné le plus longtemps sur la ville, un des hommes politiques les plus aimés (et contestés) de l’histoire politique montréalaise.

Mais surtout, Camillien Houde, et c’est ce qui m’a touché le plus dans son histoire, est le premier politicien d’envergure nationale issu d’un milieu très défavorisé, un monde ouvrier qui ordinairement n’avait pas voix au chapitre ; dont on n’attendait pas que les fils et les filles puissent briller sur la scène politique ou économique.

D’ailleurs, les élites politiques de l’époque ne vont pas se gêner pour le moquer, l’insulter, le railler ! Lui, le fils d’ouvrier anonyme, dont la famille a été décimée par la tuberculose, qui a vécu dans les pires taudis de la ville, lui, il OSE parler de politique, d’économie, il OSE prétendre gouverner ?

Ce qu’il y a d’exemplaire chez Houde, c’est l’émergence des gagnepetits, cette classe de la population qu’on ne voyait pas, qu’on n’entendait pas, parce qu’au fond, elle ne comptait pas dans l’équation politique. Mais Houde comprend vite l’importance déterminante de ceux qu’ils représentent. Et la crise économique des années trente va le confirmer dans ses convictions : on peut plus faire de politique en faisant l’économie de ces voix-là, de ceux qui sont sans voix, justement… leur silence est assourdissant en 1932 ! Le monde occidental vacille sur ses pieds, le colosse capitaliste, somme toute, est un épouvantail à moineaux, comme disaient mes grands-oncles du Kamouraska.…

Mais entendons-nous : il ne s’agira pas ici d’une hagiographie, n’est-ce pas, « une vie de saint ». Houde, ce n’est pas Gandhi… Au fond, Houde c’est le collimateur d’un certain Canada français : un précipité de valeurs et de préjugés qui, – et c’est facile de juger l’histoire a posteriori, non ? – un bouillon salé de préjugés tenaces qui tiennent à l’enfermement et une certaine bigoterie dont nous avons reçu l’héritage empoisonné à la fin des rébellions de 1837-38. Houde sera fasciné par le fascinateur européen par excellence, le toxique Mussolini ;  Houde ne sera pas exempt des tentations populistes, des solutions faciles, des raccourcis détestables qui font oublier un moment que la délibération démocratique est une tâche harassante, infinie, toujours recommencée.
Son refus de respecter la loi sur l’inscription et son refus d’envisager tout engagement  dans la guerre européenne de 1940 témoigne plus d’une ignorance crasse des enjeux terribles de la pire guerre de l’histoire humaine que d’une réelle malévolence, d’un réel choix politique fascisant.
Et puis, entre vous et moi, de plus instruits, oui, de plus éclairés que lui ont aussi rejeté l’engagement et la clairvoyance en 1940…

Enfin, j’espère qu’à travers cette pièce qui rend compte des actions du maire Camillien Houde, on retiendra surtout, et c’est notre défi !, l’extraordinaire engagement d’un homme pour ce qu’il appelait le bon peuple, celui des sans voix, des sans statut. Denis, M. le maire, je vous souhaite dans votre carrière à la tête de la Ville de trouver tous les jours le même cœur et le même souci pour les plus démunis d’entre nous, le même acharnement que Houde a montré, dans son refus du fatalisme, ce fatalisme détestable qui veut nous faire croire que certains sont nés pour un petit pain, et d’autres pour être assis à la grande table ; ce monde, cet univers et cette ville sont le patrimoine commun de tous et de toutes, et Houde dirait que, tant qu’il restera un démuni, un refusé, un négligé parmi nous, notre tâche n’est pas finie, notre bonheur n’est pas sans tache.

Merci.
-Alexis Martin

 

Extrait lu par Pierre Lebeau:

LE BANQUET DU STADIUM.
Coin Ontario et De Lorimier, à deux pas d’ici, il y avait un stade de baseball.  Le 15 décembre l928, Houde convie la population de la ville.  Il va offrir à ses commettants : 250 gallons de soupe, 2000 livres de porc, 2000 livres de jambon, 1000 livres de poulet, 10 quintaux de choux, 35 gallons de mayonnaise, 13 500 petits pains, 13 500 carrés de beurre, 5 000 briques de crème glacée, pour 4 000 convives !

Et il va leur parler :


HOUDE, tribun.

… mes amis… mes amis. Ce modeste banquet pour vous dire MERCI !

Pour remercier tous ceux qui, de près ou de loin, ont contribué à mes succès politiques alors que la population de Montréal daignait m’élire par la plus grosse majorité qu’aucun maire de Montréal ait jamais obtenue auparavant ! C’est pourquoi j’offre ce banquet aux électeurs de Montréal, et l’on m’affirme que celui d’aujourd’hui fera époque dans les annales politiques de la province! Maintenant parlons un peu de … politique! Oui, oui, c’est cela; parlons des événements récents. Monsieur Taschereau…

 Taschereau, mon élection de 1927, vous me l’avez volée. « Ah? Camillien Houde, il est mal pris. Moi, j’ai tout l’argent de la province à ma disposition; je vais le combattre jusqu’au plus haut tribunal de l’empire. Et lui, ce pauvre hère, ce pauvre gueux, qu’est-ce qu’il va faire? Il va céder. »

  1. Taschereau, vous avez ri de ma pauvreté, vous vous êtes moqué dans Sainte-Marie de la modicité de mes ressources et vous avez dit : « Le candidat dans Sainte-Marie aura besoin d’ici quelques années de l’Assistance Publique; je la mets à sa disposition.» Voyons, M. Taschereau, voyons; depuis que le premier des Taschereau a mis le pied sur le sol canadien, c’est l’Assistance Publique qui les engraisse, ils n’ont jamais vécu autrement!

Quand j’étais jeune, ma bonne vieille maman me prenait sur ses genoux et elle me disait : « Quand tu rencontreras un honnête homme, ôte ton chapeau bien bas, ça n’arrivera pas souvent, il n’y en a pas beaucoup, mais jamais ne te laisse impressionner par l’habit ! et quand tu rencontreras des gentlemen-cambrioleurs, conte-leur leur fait ! »

Je n’ai peut-être pas tout ce qui a été donné à l’honorable Premier ministre, et nous ne sommes pas partis du même endroit et nous n’avons pas suivi le même chemin. Si l’honorable Premier ministre était parti de la même place que moi-même, il ne serait assurément pas là où il est rendu, pas plus qu’il serait où je suis arrivé aujourd’hui. Je suis le commencement de ma race, lui est simplement la fin de la sienne. Je remonte d’un meunier, d’où descend le premier ministre…
-Fin de l’extrait

 

Maire de Montréal pendant les années 1930 à 1950, issu des milieux ouvriers, Camillien Houde a incarné le grand
courant populiste de la politique municipale et provinciale, tout en traversant les grands bouleversements qui ont
façonné le XXe siècle. Pendant la dure dépression de 1932, alors que le chômage atteint des sommets, sa femme et lui
ont transformé l’Hôtel de Ville en véritable centre de secours pour les déshérités, distribuant nourriture et vêtements.
Houde a toujours eu à cœur le «petit peuple», allant jusqu’à se faire interner pour avoir dénoncé la conscription. De la
première à la seconde guerre mondiale, en passant par la naissance des médias de masse comme la radio et le
cinéma, c’est un pan entier de l’humanité, prise dans la tourmente du siècle dernier, qui sera raconté sur la scène du
théâtre Espace Libre et dans ses rues avoisinantes.

Ce grand spectacle déambulatoire gratuit sera présenté en soirée pour dix représentations exceptionnelles. Les
spectateurs seront d’abord convoqués à 18 heures à la place Joseph-Venne (coin des rues Ontario et Poupart) pour
assister au numéro d’ouverture du spectacle. Ils se déplaceront ensuite dans la salle principale d’Espace Libre, située à
quelques pas de marche. La représentation culminera ensuite un peu plus à l’ouest, au Parc des faubourgs (coin des
rues De Lorimier et Ontario) où un grand banquet populaire et diverses animations seront proposés à tous. Événement
festif et rassembleur, Camillien Houde, le « p’tit gars de Sainte-Marie » promet de laisser des souvenirs indélébiles dans
le cœur de tous les Montréalais!

ATELIERS PRÉPARATOIRES
La sélection des figurants pour le spectacle continue! Si vous habitez Centre-Sud et que vous souhaitez participer à
cette grande aventure humaine et artistique, contactez Marie Semel, la responsable des publics et de la médiation
culturelle d’Espace Libre.
pcommunications@espacelibre.qc.ca
514 521-3288 poste 5

Suivez-nous pendant toute la saison pour tout savoir sur les activités entourant le spectacle et les modalités de réservation!
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