Carnet de bord

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Extrait du texte de la pièce «ANIMAUX»

Le 20 Janvier 2016 - NTE

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UNE VOIX:

Les animaux expriment une satiété presque insupportable ; le chat qui ronronne, le chien qui s’assoupit sur le divan, l’animal que nous nous efforçons de domestiquer comme si nous tentions de rapatrier une humanité qui se serait égarée, cet animal qu’une caresse rapide, un morceau de gras ou encore un lac de poussière dans lequel il se roule avec délectation, comblent, cet animal, nous voulons le convoquer dans notre monde : sait-il des choses que nous aurions oubliées en cours de route? Et puis, comment fait-il pour se contenter de si peu?

Sa jouissance est odieuse par moment, il est comme un homme qui a échappé à sa prison et se délecte d’une liberté retrouvée, une épiphanie éternellement recommencée, la première bouffée d’air printanier, la première fois de l’eau fraîche au mitan de l’été, la première fois l’odeur de l’herbe coupée, et le retour de l’école des enfants…

Georges Bataille nous dit que l’homme «doit échapper à sa tête comme à sa prison» ; mais pouvons-nous développer une autre conscience que celle de l’obligation au travail? Est-ce que l’animal domestique est l’agent trouble que nous chérissons secrètement, cet être qui a échappé à la civilisation du travail aliénant, l’agent secret de la maisonnée qui ouvre des profondeurs insoupçonnées…?

Dans les yeux du chat l’abîme s’ouvre, un abîme qui s’appelle poésie. Poésie : profondeur qui nécessairement m’échappe, car, si je peux traiter l’animal comme une chose pas si différente d’une roche ou d’un bout de ciel, dans ses yeux pourtant, il y a des ténèbres où brille une lueur qui me ravit à moi-même, m’éblouit. Oui, nous dit Bataille, un éclat de lumière nous rend à la vue par l’aveuglement même, nous qui traversons nos vies avec des yeux crevés, incapables de vivre un rêve bouleversant, un rêve qui s’appelle la vie sur terre.

- Alexis Martin