Carnet de bord

Cette section du site est dédiée à l'expérimentation. Nous partagerons avec vous les différents éléments de recherche qui inspirent nos spectacles. Cette page, en constante évolution, sera nourrie régulièrement. Revenez-y souvent!


Coin Fullum et Parthenais devient EXTRAMOYEN… Pourquoi ?

Le 5 Décembre 2016 - NTE

À l’origine, EXTRAMOYEN, splendeur et misère de la classe moyenne devait s’appeler Coin Fullum et Parthenais… Qu’est-ce qui a bien pu pousser les créateurs du NTE à changer le titre de ce nouveau spectacle? Pour mieux comprendre ce coup de théâtre, on vous invite à lire l’allocution prononcée par Alexis Martin lors du lancement de saison du 22 août dernier:

« Dans toute création, il y a des moments de bascule importants ; avons-nous le bon sujet? Si oui, avons nous trouvé la meilleure forme pour l’exprimer? Si non, comment redresser la barre et préciser l’horizon formel et dramatique dans lequel notre sujet se déploierait le plus efficacement possible…C’est l’un de ces moments « pivotal » qui est tombé sur le spectacle Coin Fullum et Parthenais. Alors que j’étais au chalet prêté par un ami qui fait beaucoup de télévision, j’ai été en proie au doute, ce doute, disait Robet Gravel, que s’il ne te tue pas, il te rend plus… dans la « marde ». Mais… ne dit-on pas « Marde ! », au théâtre, quand on souhaite la meilleure des chances???

Pierre Lefebvre, Daniel Brière et moi voulons parler de la « classe moyenne », cette expression qu’on emploie sur toutes les tribunes, qui sert à désigner la majorité de la population, mais dont au fond, on a jamais de définition très satisfaisante. Cette classe moyenne dont on prédit la disparition prochaine. Disparition qui paverait la voie à l’apocalypse sociale dont parle le Lévitique 21 :1.

On voulait créer une fiction qui se déploierait ici, dans le quartier Ste-Marie ; une fiction qui met en scène des enfants de la classe moyenne qui reviennent aux racines ouvrières de leurs grands-parents. L’idée faisait son chemin, tranquillement, la scénarisation se « capillarisait » au bon rythme, quand soudain, des éclairs de lucidité nous ont réveillé en pleine nuit : parlons-nous vraiment de notre sujet de la bonne façon?

La réponse : non! Il faut changer l’horizon dramaturgique. On est au théâtre expérimental, jouons le jeu ! Le sujet reste le même, mais la gangue qu’il le sertit s’affine et devient plus transparente ; on plonge au cœur du sujet même, on en fait un objet de recherche sociologique ludique, on ne fafouine plus… on score!

Coin Fullum et Parthenais devient désormais EXTRAMOYEN, splendeur et misère de la classe moyenne. Le libellé fait foi du contenu ; What you see is what you get… »!

– Alexis Martin


Extramoyen: entretien avec Alexis Martin et Pierre Lefebvre

Le 28 Novembre 2016 - NTE

Alexis Martin et Pierre Lefebvre, les deux auteurs d’ Extramoyen, splendeur et misère de la classe moyenne , témoignent de leurs collaborations précédentes et des enjeux de cette nouvelle création. En prime, Alexis nous offre un extrait du livre Les confessions d’un cassé que Pierre a publié en 2015.


Entretien avec Alexis Martin au sujet de « Sounjata »

Le 20 Septembre 2016 - NTE

Entretien avec Alexis Martin

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© Karine St-Arnaud

Q. Comment est né le projet d’une pièce créée en collaboration avec des Africains ? Est-ce dans la continuité de l’ouverture du Nouveau Théâtre Expérimental aux différentes communautés culturelles?
« C’est le directeur du festival de théâtre de rue de Marrakech, Khalid Tamer, qui m’a invité et fait connaître le travail du marionnettiste Yaya Coulibaly, pour ensuite me proposer de faire un spectacle en commun. C’est un projet motivé par la découverte d’une altérité qu’on ne voit pas souvent ici, car les Africains sont vraiment peu présents sur nos scènes ! C’est un peu la mission du NTE d’aller vers des territoires moins explorés et de travailler avec des gens qui ont un autre bagage théâtral. Le spectacle raconte donc l’histoire de Sounjata, fondateur de l’Empire du Mali, mais c’est aussi un prétexte pour provoquer un dialogue entre deux cultures. Ainsi, on compare des notions comme l’accueil et l’hospitalité, qui existent en miroir dans le mythe de Sounjata. »

Q. Pouvez-vous nous parler un peu du mythe de Sounjata?
« C’est un poème épique, une épopée de libération qui se déroule au XIIIe siècle, lorsque Sounjata abolit l’esclavage (qui existait bien avant les Européens !). Il fait une déclaration, cinq siècles avant les États-Unis, comparable à une charte des droits et libertés : le « Serment des chasseurs du Manding ». Au fond, c’est une façon de dire que l’Afrique a une histoire qu’on ne connaît pas, qu’il y a là une société complexe au plan social. Sounjata, c’est une histoire archi-connue pour les Maliens alors que nous ne connaissons même pas son existence. Sounjata nous rejoint pourtant de façon troublante. Il naît paralytique, alors que Jésus est un nouveau-né sans défense. Par contre, Sounjata devient roi et triomphe politiquement, contrairement à Jésus. Ce que je trouve beau dans ce mythe, c’est que le méchant, Sumanguru, ne meurt pas. Il fait partie de l’équilibre, il exerce une pression sur les autres, les triomphateurs, et devient un contre-pouvoir essentiel. »

Q. L’histoire de ce roi né paralytique dont personne ne veut, renvoie à un enjeu majeur du monde dans lequel on vit, confronté aux migrations de populations et à l’intégration des étrangers?
« En effet, on n’accepte pas le fait qu’accueillir l’étranger comporte un risque. Nous vivons dans des sociétés qui n’acceptent plus le risque, preuve en est l’essor de l’industrie de l’assurance et les fantasmes de cryogénisation ! Les gens veulent être accueillants mais sans que ça les dérange. Ça va bientôt devenir l’enjeu majeur de notre monde, parce qu’il y aura beaucoup de déplacements de populations avec les changements climatiques. »

Q. La pièce raconte le voyage de deux agronomes québécois qui débarquent au Mali et vivent un choc culturel qui les confronte à eux-mêmes. On peut dire que c’est une pièce sur l’altérité?
« En effet, le voyage est toujours un révélateur, surtout pour les couples, parce qu’il nous plonge soudain en-dehors de notre zone de confort et jette un nouvel éclairage sur nos gestes, actions et réflexions. Je me sers de ça pour essayer de faire éclater la perception que le couple a de lui-même et des autres, en m’inspirant de mes propres préjugés. Il y a le cliché des Occidentaux qui arrivent en Afrique bardés de médicaments, ce qui fait rigoler les Africains, mais ce sont surtout deux conceptions de la vie humaine qui se heurtent, deux attitudes par rapport à la maladie et la mort, au destin humain. À Bamako, j’ai rencontré un pharmacien diplômé de l’université de Grenoble croyant à la chiromancie, à la numérologie et à la géomancie animiste. Il a dressé tout un profil de ma vie, dont je ne révélerai pas ici les contours… j’ai droit à ma vie privée!
À l’inverse des Africains, notre pensée mythologique est dévitalisée, notre imaginaire est plutôt inspiré par la rationalité technoscientifique et le progrès. Ceci dit, il y a encore une frange importante de la population nord-américaine qui vit de foi et de rituels. »

Q. Le couple québécois sera initié à la légende malienne. La pièce raconte une initiation?

« À travers la rencontre de l’autre et en participant à la représentation du mythe, le couple se trouve en effet à s’impliquer dans le récit. Sounjata, roi libérateur, suscite une réflexion sur le couple comme prison plus ou moins tolérable selon qu’on est plus ou moins capable de communiquer et de reconnaître ce fait-là, sans faire semblant que c’est un épanouissement sans heurt. Ils sont aussi confrontés à leur incapacité à sortir de l’anecdote, du donné immédiat pour entrer dans un temps autre. On s’y raccroche comme si on n’était plus capable de voir la dimension symbolique des choses. »

Q. Manquons-nous de symbolisme dans notre société?
« Oui, je pense qu’on est dans une dictature de la réalité, une réalité des processus de liquidation du monde, de sa « mise en marché » globale et sous l’égide d’un « progrès indéfini ». Notre temps est vide et homogène, menant toujours vers un progrès, mais lequel? C’est notre mythe, notre croyance. Comment définir le progrès humain? Je crois que la force du symbolisme nous échappe. C’est d’ailleurs pourquoi la culture est souvent considérée comme un produit de consommation comme un autre : parce qu’on nie le fait qu’il y ait autre chose que la réalité immédiate. La culture, c’est l’humain qui transforme la réalité pour en faire autre chose. C’est la force du négatif, une force de révolte envers le donné qui imprime du sens aux choses et au devenir. »

Q. La pièce rassemble des artistes québécois et maliens. Comment se sont intégrées les deux équipes?
« Nous travaillons dans un climat très bon enfant et il y a une bonne communication dans l’équipe. On joue deux Canadiens qui débarquent en Afrique, ce qui donne lieu à une rencontre où l’on essaie de construire quelque chose ensemble. Yaya Coulibaly montre aux autres comment manipuler les marionnettes et l’on entre dans une forme d’apprentissage désinvolte. C’est amusant parce qu’on joue avec la maladresse. On ne fait pas semblant d’être expert. Les Maliens dirigent les mouvements de marionnettes, avec la participation de Karine St-Arnaud qui est marionnettiste, et moi je modifie beaucoup le texte en rajoutant des trucs dans leur langue. Ça été un travail d’atelier pour lequel on a eu peu de temps. Il faut dire que les canaux entre l’Afrique noire et le Canada ne sont pas très développés, c’est le moins qu’on puisse dire ! »

Propos recueillis par Elsa Pépin, été 2016

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Alexis Martin, en résidence de création pour «Sounjata» à Marrakech, septembre 2016 © Karine St-Arnaud


L’équipe de « Sounjata »

Le 16 Septembre 2016 - NTE

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Alexis Martin, co-concepteur du projet, auteur et metteur en scène (Montréal).
Alexis Martin est un comédien, metteur en scène et auteur de théâtre, issu du Conservatoire d’art dramatique de Montréal. Il a écrit plus de vingt-cinq textes originaux et joué dans plus de 45 productions. Il est le codirecteur artistique du Nouveau Théâtre Expérimental avec Daniel Brière. L’Afrique lui est tombée dans l’œil en 2000, lors d’un voyage au Cameroun, pour la présentation du film Un 32 août sur terre, de Denis Villeneuve. Depuis, il n’a cessé de penser à ce continent comme à une sorte de dernière frontière artistique, l’échappée du calendrier ordinaire, le 32e jour du mois qu’on attend en vain depuis si longtemps, mais qui est là, pourtant, au bout du cœur!

Yaya Coulibaly : co-concepteur du projet et marionnettiste (Mali).
Yaya Coulibaly est le dépositaire et le passeur d’une tradition de marionnettistes qui remonte au XIe siècle. Il a grandi dans une famille où l’on fabrique des marionnettes de père en fils. Après des études à l’Institut National des Arts (INA) de Bamako puis à l’Institut de la Marionnette en France, il forme, en 1980, la compagnie Sogolon pour promouvoir le théâtre de marionnettes d’influence Bamana, Somono et Bozo. Depuis, il est devenu le gardien de la tradition Bambara, la plus vieille et la plus riche d’Afrique, tradition qu’il fait découvrir au monde entier grâce aux tournées de sa compagnie.

Khalid Tamer, directeur artistique du projet (Maroc).
Danseur et chorégraphe de formation, Khalid Tamer est aussi un metteur en scène et un créateur dynamique qui a mis sur pied plusieurs organismes artistiques. En 1998, il crée la compagnie Graines de soleil et en 2004, le Festival au Féminin, un festival multidisciplinaire tournant autour de la créativité artistique féminine et de la diversité culturelle. Il dirige également le Collectif Éclats de Lune, créé en 2005 par des artistes français et marocains. Éclats de Lune produit des spectacles, organise des formations, accompagne des projets culturels innovants qui visent à nourrir la création contemporaine marocaine et africaine. En 2007, il crée le projet qui réunit l’ensemble de sa démarche : Les Rencontres Artistiques Internationales en Places Publiques Awaln’art.

Habib Dembélé, interprète (Mali).
Habib Dembélé dit « Guimba National » est un comédien, écrivain et humoriste malien. Après des études à l’Institut National des Arts à Bamako (INA), il devient porte-parole de la Jeunesse Francophone, en 1985, en Côte d’Ivoire. De 1986 à 1987, il travaille au Kotéba national, une troupe de théâtre publique au Mali. En 1992, il crée une compagnie privée, la Compagnie Gouakoulou avec Ousmane Sow et Michel Sangaré, puis crée sa propre compagnie, Guimba national, en 1997. Il est aussi membre fondateur, avec Jean-Louis Sagot-Duvauroux et Sotigui Kouyaté, de la compagnie Le Mandeka Théâtre, une structure de promotion et de création littéraire et artistique. En 2005, il entame une collaboration active avec le Théâtre des Bouffes du Nord et Peter Brook. Il participe à deux spectacles majeurs : Tierno Bokar et Sizwe Banzi est mort. Ce dernier spectacle a été présenté plus de 600 fois à travers le monde entier.

Karine St-Arnaud, interprète (Montréal).
Comédienne diplômée du Collège Lionel-Groulx, marionnettiste, Karine St-Arnaud signe également des mises en scène et agit en tant que directrice artistique du Théâtre sous la main. Elle a participé à plus d’une quarantaine de productions montréalaises dont: D pour Dieu ? de Simon Boudreault (Théâtre d’Aujourd’hui et Ateliers Jean-Brillant), Unity 1918, mise en scène de Claude Poissant (Espace go et Denise-Pelletier), La voix humaine 9, mise en scène de Stéphane St-Jean (Théâtre Lachapelle), Paul Flou, de Karine St-Arnaud (salle Claude-Léveillé de la Place des Arts), puis en tournée au pays, avec entres autres, le Théâtre PàP, le Théâtre Motus, le Théâtre sous la main, le Théâtre des petites âmes, Voltage création et Vis Motrix. Pour le quintette à vent Pentaèdre, elle conçoit, met en scène et interprète deux contes musicaux illustrés en marionnettes : Les aventures de Pinocchio et Max et les Ogres, tous deux finalistes aux Prix Opus dans la catégorie Concert jeunesse de l’année. Prochainement, on pourra aussi la voir, entre autres, dans Le Banc à manivelle de David Magny et Karine St-Arnaud et dans Mémoire de Lou de l’Avant-Pays

Steve Laplante, interprète (Mntréal).
Steve Laplante est formé en interprétation à l’École nationale de théâtre du Canada. Dès sa sortie, il est engagé coup sur coup par Wajdi Mouawad et obtient le prix OFQJ-Rideau pour son interprétation dans Littoral. Par la suite, il a joué sous la direction de plusieurs grands metteurs en scène, dont Claude Poissant, Frédéric Blanchette, Daniel Brière et Yves Desgagnés. Il a également participé à quatre productions de la Manufacture, dont Coma Unplugged, par Denis Bernard, qui lui vaut une nomination aux Masques. Au cinéma, il a, entre autres, interprété le personnage principal dans l’adaptation cinématographique de Littoral de Wajdi Mouawad. Aussi auteur, l’Académie québécoise du théâtre a attribué à sa pièce Entre deux le Masque de la meilleure production de théâtre privé. Sa pièce Le long de la principale, publiée chez Dramaturges Éditeurs, a été présentée en lecture au Théâtre du Rond Point à Paris et au Centre National Dramatique des Alpes à Grenoble.

Zakariae Heddouchi, concepteur musical et musicien (Maroc).
Diplômé en scénographie de l’Institut Supérieur d’Art Dramatique de Rabat, Zakariae Heddouchi se spécialise dans le patrimoine musical marocain. En 1999, il fonde le groupe Afouss, qui se distingue par son métissage du répertoire marocain avec d’autres cultures et musiques du monde. En 2001, il rencontre la compagnie Graines de Soleil, avec laquelle il collabore depuis. En 2010, il joue dans Profils Atypiques, mis en scène de Khalid Tamer et Julien Favart. Son expertise musicale l’amène à concevoir la musique de nombreux spectacles de rue et de cirque. Il bénéficie d’ailleurs d’une résidence à la Cité des Arts de Paris, ce qui lui permet de collaborer avec de multiples compagnies œuvrant dans ces disciplines.

Virginie Chevalier, scénographe et conceptrice de costumes (Québec et Maroc).
Formée par le voyage et détentrice d’une formation à l’UQÀM en arts visuels, la plasticienne Virginie Chevalier s’intéresse d’abord à la matière et aux formes. Mêlant sculptures, dentelles, vidéos, ses productions se situent au confluent de la performance et du tableau vivant. Elle est cofondatrice, en 2003, de la coopérative Les ViVaces dont le travail s’appuie sur la transformation des déchets. Elle se joint ensuite au Collectif Éclats de lune en 2008, où elle trouve un espace de prédilection pour poursuivre son dialogue avec la matière, tout en mettant à profit ses talents de scénographe, marionnettiste et costumière sur toutes les créations du collectif.

Étienne Boucher, concepteur d’éclairage (Montréal).
Depuis sa sortie de l’École Nationale de Théâtre du Canada en 1999, Étienne Boucher est très sollicité pour ses conceptions d’éclairage tant pour le théâtre et la danse que pour les comédies musicales et l’opéra. Il a participé à près d’une centaine de productions. Fidèle complice de metteurs en scène tels que René Richard Cyr, Brigitte Haentjens et Martin Faucher, il collabore depuis 2004 avec la compagnie Ex Machina et le metteur en scène Robert Lepage. L’association avec ce dernier a débuté avec La Celestina (Espagne), et s’est poursuivie avec Lipsynch en tournée internationale, The Rake’s Progress (présenté en coproduction à Bruxelles, Lyon, San Francisco, Londres, Madrid et Milan) et Le Rossignol et autres fables (Toronto et festival d’Aix-en-Provence en 2010). Au fil des ans, Étienne Boucher a accumulé de nombreuses accolades, récoltant plusieurs nominations à la Soirée des Masques et réalisant un doublé, en 2007, en recevant le Masque de la conception des éclairages pour Du vent entre les dents et La Dame aux camélias.

Renaud Pettigrew, directeur technique et de production, régisseur (Montréal).
Renaud Pettigrew cumule plus d’une quarantaine de conceptions à son actif. Il collabore aux côtés de plusieurs auteurs et metteurs en scène québécois dont Michel Lefebvre, Phillipe Lambert et Jean-Phillipe Lehoux, Marie Brassard, Alexandre Fecteau et Frédéric Dubois. Très en demande dans le milieu de la tournée, on lui confie la régie d’éclairages d’Ex Machina (887, Lipsynch,Jeux de cartes, La Face cachée de la Lune), de Sibyllines (Woyzeck), du Théâtre d’Aujourd’hui (Belles-Sœurs), du chanteur Pierre Lapointe (Sentiments humains en tournée) et du Festival Juste pour rire (Les Fourberies de Scapin). Plus récemment, il a travaillé sur les productions Coco, présentée à La Petite Licorne, Simone et le whole shebang, à la Salle Fred-Barry et sur le dernier spectacle de la chanteuse Fanny Bloom ( Fanny Bloom solo – Dare to care).


Genèse du projet « Sounjata »

Le - NTE

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Ce projet de théâtre est né de la rencontre entre un Marocain, un Québécois et un Malien, lors du festival de théâtre de rue Awaln’art à Marrakech en 2011. Le directeur de ce festival, Khalid Tamer, a eu la bonne idée de présenter le metteur en scène et dramaturge québécois, Alexis Martin, au marionnettiste malien, Yaya Coulibaly. De cette rencontre, naquit l’envie de créer un spectacle en commun. L’idée maîtresse : donner un point de vue québécois sur une période de l’histoire africaine, et plus spécifiquement, celle du Mali : comment un Nord-américain peut-il interpréter une histoire à laquelle il n’a pas pris part, à laquelle il n’est pas lié, autrement que par son humanité? Pour le Québécois, l’Afrique est une altérité réelle, fondamentale : il n’y a pas plus étrange que ces gens qui parlent le français, mais sont radicalement différents dans leur façon d’habiter le monde… de le chanter, de l’animer. Les liens qui existent sont tous modernes, récents, à peine pensés.

Alexis Martin, « débarque » au Mali et s’inspire de l’histoire du pays pour donner sa version des événements ; le marionnettiste Coulibaly reprend le récit au vol et lui donne chair avec ses accents à lui, module le chant premier, et la toile dramatique qui naît est unique : un Québécois qui, en conjonction avec son interlocuteur africain, interprète une partie de l’histoire infra ou postcoloniale africaine. Voilà la prémisse essentielle du projet. Deux comédiens québécois, trois maliens et un musicien marocain forment l’équipe de spectacle, sous la houlette d’Alexis Martin. Ces artistes sont tour à tour manipulateurs des marionnettes, conteurs et musiciens, une polyvalence assez répandue au Québec, comme au Maroc et au Mali d’ailleurs! Ce qui importe, au fond, c’est de mêler les expériences et surtout, les regards : entre colonisés ; entre Américains et Africains ; entre blancs et noirs ; entre dramaturge et marionnettiste. Il s’agit d’aller à la rencontre de la tradition de storytelling malienne et de créer un conte en commun, québécois et malien, pour le présenter à Marrakech et à Montréal. L’Afrique est un territoire sous-représenté dans nos imaginaires, si peu d’échanges théâtraux ont été engagés. Pourtant, et plus que jamais, l’Afrique nous semble le véritable vecteur d’échanges marqués au sceau de l’altérité.

Le NTE se consacre à l’expérimentation, sous toutes ses formes : quelle soit formelle, culturelle ou sémantique. Le fait d’aller vers des territoires culturellement exogènes, voilà qui nous remplit d’aise, qui conforte notre désir de marcher ailleurs, hors-piste. L’Afrique noire est certainement l’un des derniers lieux de dépaysement, de mise en question des repères identitaires usuels. La rencontre avec le matériau culturel et culturel africain donne au NTE une autre posture soudainement : nous ne sommes pas à tenter de brouiller les codes habituels du théâtre occidental ; mais bien plutôt de les comprendre à travers le filtre totalement hétérogène d’une vision africaine, si différente, de la vie et du destin terrestre. C’est une forme d’auto examen des codes de la représentation que provoquent la rencontre du répertoire, des habitus et du substrat folklorique malien! Nul doute que le NTE en ressortira grandi, agrandi et métissé!

Depuis 2005, soulignons l’ouverture marquée du NTE vers les communautés culturelles de Montréal. Le NTE provoque la rencontre avec l’autre et tisse des liens actifs, affectifs et transculturels en créant des spectacles qui mettent en scène des personnages issus de diverses communautés culturelles. Ainsi, La nouvelle télé communautaire de Montréal invitait des Bulgares, des Vietnamiens, des Haïtiens, alors que la culture indienne était à l’honneur avec La marche de Rama, le Salon international du théâtre contemporain et Rêvez, Montagnes!

Aujourd’hui, la compagnie tourne un regard curieux et avide vers l’Afrique : quel territoire neuf, riche et fertile pour les créateurs à l’imaginaire débridé que sont les artisans du NTE!


Extrait du texte de ≪Septembre≫

Le 9 Mai 2016 - NTE

Titre

Evelyne de la Chenelière

je veux maman, et puis, à qui s’adresse-t-il exactement,
à qui réclame-t-il sa mère, pas à moi, il ne me regarde pas,
ni personne d’autre, d’ailleurs personne ne l’écoute,
à force, il n’est que musique maintenant, je veux maman, il pleure abondamment, mais les enfants pleurent si facilement,
toujours des larmes à portée des yeux,
il ne faut pas s’émouvoir outre mesure quand pleure un enfant,
je me le répète souvent, un jour l’enfant ne sera
plus enfant, sa mère sera morte depuis longtemps,
et il la réclamera pourtant, contre toute attente,
comme les soldats au front appellent leur mère,
comme les vieux sur leur lit de mort appellent leur mère,
les blessés et les mourants appellent leur mère, c’est connu,
il n’y a que Jésus, sur sa croix,
qui a eu l’idée saugrenue d’appeler son père,
mais ne sait-il pas que les pères sont impuissants devant
la douleur, ne sait-il pas que seule une mère peut bercer les chairs saignantes, que seule une mère peut mettre fin aux calvaires,
il faudrait le lui dire, à Jésus, lui expliquer que les pères
ne savent pas comment sauver

*Le texte est publié aux Éditions Théâtrales -2015


Visionnez la bande-annonce de «Septembre»

Le - NTE


Photos du spectacle « Animaux »

Le 14 Mars 2016 - NTE

Photos: Marlène Gélineau-Payette

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La pièce «Animaux», un montage d’extraits

Le - NTE


Entretien avec Daniel Brière et Alexis Martin autour de la création «Animaux»

Le 3 Mars 2016 - NTE

Entretien avec Daniel Brière et Alexis Martin

Q. D’où vous est venue l’idée de créer un spectacle avec de vrais animaux sur scène ? Est-ce né d’une volonté d’établir un véritable dialogue entre l’humain et l’animal ?

DB : « C’est moi au départ qui ai lancé l’idée, il y a longtemps, de faire un spectacle avec des animaux. On se questionne toujours au NTE sur la présence de l’acteur sur scène. L’animal impose véritablement une autre présence. »

AM : « Les vieux acteurs disent toujours : ne joue jamais avec un chien ou un enfant, parce qu’il va te voler ta présence. Pourquoi ? Qu’est-ce qui fait que les animaux ont cette densité ? Probablement parce qu’ils ne sont pas dans l’état de conscience de la représentation comme les humains. On fait donc un essai. Les acteurs jouent un sketch avec une vache sans savoir ce qui va se passer. Il y a une part d’aléatoire. »

DB : « La notion du temps n’est pas la même pour les animaux. Il faut gérer cette présence indomptable avec tout ce que cela implique. Il y a tout une part d’incontrôlable qui est fascinante. Le spectacle va bien au-delà de l’heure et quart de la représentation. C’est aussi accueillir les animaux qui vivent ici, avoir une équipe de spécialistes qui s’occupent d’eux. Il faut respecter le cycle jour-nuit des animaux (ce pourquoi les représentations sont présentées le jour), baisser la température du théâtre, s’assurer de la gestion et de la récupération des déchets organiques. On ne peut pas ignifuger le décor du théâtre, parce que les animaux pourraient s’empoisonner. On doit collaborer avec les pompiers. Ça nous oblige à voir le théâtre autrement, ce qui est dans nos préoccupations au NTE. »

Q. Animaux se révèle être un conte philosophique sur l’humanité. À travers l’étude de l’animal et de notre rapport aux bêtes, c’est un peu notre humanité que vous interrogez ?

AM : « Au fond, si on fait l’anthropologie de l’Occident, c’est une immense machine à discriminer, à tracer une ligne entre ce qui est animal et ce qui est humain. Il y a des populations qui sont tombées de l’autre côté de la limite et qu’on a éliminées. Le juif, le tzigane, l’indien, la femme, l’enfant, le noir en ont souffert. Peut-être que le projet politique à venir, comme plusieurs philosophes le suggèrent maintenant, c’est d’éliminer cette distinction. L’anthropologue français Philippe Descola a écrit un livre extraordinaire qui s’intitule Par-delà nature et culture, où il avance l’idée selon laquelle il serait temps de réfléchir au-delà de cette ségrégation, de cette limite entre animalité et humanité. Le projet politique à venir se trouve peut-être dans la possibilité de sortir de cette polarité qui est mortifère et qui justifie toutes les exclusions. Il y a d’ailleurs dans la Bible une prophétie, dans le livre d’Isaïe, qui dit qu’à la fin des temps, l’agneau va être ami avec le loup, les justes vont régner sur le monde et auront des têtes d’animaux. On trouve déjà ce vieux fantasme humain de réconciliation avec la nature animale. C’est très ancré en nous. En Occident, on nie l’animalité alors qu’ailleurs, en Amazonie par exemple, les Indiens vivent en partenariat avec la nature, parlent aux plantes et aux arbres. C’est peut-être une des avenues politiques les plus intéressantes, de reconsidérer notre rapport avec les animaux. »

Q. Parmi les penseurs que vous avez lus pour créer cette pièce, vous citez l’Allemand Jakob von Uexküll qui développe le concept de multiplicité des espaces-temps selon les animaux et les humains. Pour lui, le déchiffrement du monde dépend des espèces. En quoi cette pensée a-t-elle nourri votre création ?

AM : « Le baron Jakob von Uexküll est un peu le fondateur de l’écologie moderne. Il démontre qu’on ramène tout à notre échelle, que chaque espèce vit un peu dans sa bulle et qu’on n’a pas le droit de dire que les animaux ne vivent pas dans notre monde. Ils vivent dans leur monde. On coexiste avec eux. Mais c’est insécurisant de penser que les animaux ou les gens ne perçoivent pas la réalité comme nous. »

DB : « Même les êtres humains, entre eux, parfois, ont des perceptions différentes. La perception des sons, des couleurs est différente pour certains animaux. Il y a des spectres qu’on ne voit pas. Pourquoi prétend-on que ce qu’on voit est la réalité ? On a fait plusieurs lectures intéressantes et on a aussi rencontré des gens pour nous imprégner du sujet. On fait souvent ça au NTE. On a rencontré un éthologue, doyen de la Faculté des sciences de l’UQAM, qui disait justement que le monde du chien est un monde d’odeurs inimaginables pour nous. Le chien peut détecter jusqu’à neuf cellules cancéreuses à l’odeur. Il vit dans un monde d’odeurs. »

AM : « Le chien compose des odeurs dont on n’a pas idée : un mélange de pluie, de pénicilline et de quelqu’un qui a bu. Il reconnaît cette odeur dans son répertoire composé de milliers d’odeurs. J’ai lu un article dans le New York Times sur les chiens utilisés pour traiter le syndrome du choc post-traumatique qui dorment avec leur maître, sentent sa sueur et le réveillent avant qu’il ne fasse des cauchemars. C’est fou ! Aucune machine ne pourrait faire ça ! Une étude a démontré qu’il existe des cellules de sociabilité très fortes dans le cerveau du perroquet. Il peut nourrir des petits d’une autre espèce. Comme quoi on n’a pas inventé la charité… »

Q. La pièce explore donc le décalage qui existe entre l’Homme et l’animal, entre nos différents modes de perception ?

DB : « Effectivement. Les animaux vivent dans un monde qu’il est difficile pour nous de concevoir. On a tendance à faire de l’anthropomorphisme en imaginant des pensées aux animaux, des raisons pour lesquelles ils agissent de telle façon, en ramenant tout à nous tout le temps. Mais on connaît peu de choses sur eux finalement. Avec le NTE, on aime beaucoup aller à la rencontre de l’autre, s’ouvrir à la différence, et pour nous, les animaux, c’est comme convoquer des extra-terrestres sur scène ! Et pourtant, ils vivent, pour certains, dans nos maisons. »

AM : « On est coupé du monde animal de nos jours. Au milieu du XIXe siècle, 80 % de la population était des agriculteurs, en contact avec les animaux. Aujourd’hui, ça représente 2 % de la population. On a mis des murs entre nous et la réalité des animaux. Il y a des enfants, ici, dans le quartier, qui n’ont peut-être jamais vu une vache de leur vie ! Pour nous, c’est comme si on accueillait une troupe très spéciale qui venait d’un pays étranger. Il faut donc se plier à leurs usages. »

Q. À quelle genre de dramaturgie doit-on s’attendre avec cette pièce insolite où cohabitent animaux et comédiens ?

AM : « Il y a une narration assurée par les voix d’Anne Dorval et de Pierre Lebeau qui expose une réflexion sur la relation de l’Homme à l’animal, des projections d’images et des personnages qui surgissent en petits sketchs. Parfois, on illustre l’exposé avec des comédiens, parfois la voix continue… On a le choix d’écouter ou de se concentrer sur les animaux, leurs interactions avec les humains. Il y a aussi des moments de silence. C’est une forme dramatique assez inusitée. »

DB : « Il est possible que la présence des animaux prenne le dessus sur la compréhension de la narration. C’est là où se situe l’inconnu. C’est ce que je trouve assez beau : l’opposition entre ce discours assez complexe et l’action très concrète entre les humains et les animaux. Il y a un contraste intéressant et étonnant qui reflète peut-être un pari perdu d’avance, celui de mettre des humains et des animaux sur scène. On n’est pas dans les mêmes mondes. Les animaux ne seront pas en représentation. »

AM : « On doit respecter l’inconnu, au fond, qui est l’animal. »

Animaux est une pièce sur l’humilité de l’homme face à l’animal, une sorte de pied de nez à la prétention humaine face à l’animal ?

AM : « Je pense qu’au fond, les Hommes sont jaloux des animaux qui sont dans le cosmos, alors qu’on en est sorti. On est perdu, à cause de notre conscience et de notre prétendue supériorité. C’est quand même délirant. Tout ce qu’on a bâti d’édifice de prestige et de prétendue supériorité. Un arbre est aussi complexe qu’un être humain. Avec la destruction de la biosphère aujourd’hui, on voit qu’on a fait fausse route. Notre rapport avec la nature est complètement tordu. On devrait être des partenaires, mais c’est tout le contraire. C’est drôle de constater que les gens qu’on trouvait sauvages et primitifs étaient souvent mieux adaptés à la biosphère que nous et avaient des notions d’écologie étonnantes. Les Amérindiens ne chassaient jamais au même endroit. Ils se déplaçaient pour ne pas exterminer les animaux. Ils savaient qu’il fallait laisser la nature se régénérer. Quand Champlain s’installe en Nouvelle-France, au bout de quelques saisons, il n’y a plus de gibier. Il découvre pourquoi les Amérindiens se déplacent. Avant qu’il ne soit trop tard pour la planète, par-delà nature et culture, il faut peut-être transcender cette vieille limite de l’animal et de l’humain. Comme le dit Heidegger, au lieu de provoquer la nature, il faudrait peut-être la convoquer et être dans une relation de respect avec elle. Robert Bourassa a dit dans les années 70 : “Quand je pense à toutes les rivières qui coulent en vain”, se référant aux cours d’eau pas encore harnachés par des barrages. Il voyait ça comme du gaspillage. C’est de là qu’on part. Mais la rivière ne coule jamais en vain. »

Q. Il est aussi question de liberté dans la pièce. Vous vous interrogez sur la domestication de l’homme vivant dans la ville, « devenue un camp de travail où chacun s’exploite lui-même jusqu’à la mort ». Croyez-vous que c’est un leurre de nous croire plus libres que les animaux ?

AM : « Le pire et le plus grand triomphe du capitalisme est le fait qu’on n’a même plus besoin d’imposer la discipline ; on se l’impose nous-mêmes. On se dit qu’on n’en fait pas assez, qu’on n’a pas assez réussi, qu’on n’est pas assez riche. On est auto-intoxiqué à la réussite. Je pense que c’est pour cette raison que les gens dépriment, parce qu’ils ne peuvent même pas se révolter contre un ordre disciplinaire. Notre insatisfaction est un abîme, un vertige. C’est un signe troublant de notre époque. »

Entretien réalisé par Elsa Pepin


”Animaux” prend place à Espace Libre

Le 29 Février 2016 - NTE

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Photos: Marlène Gélineau-Payette


Extrait du texte de la pièce «ANIMAUX»

Le 20 Janvier 2016 - NTE

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UNE VOIX:

Les animaux expriment une satiété presque insupportable ; le chat qui ronronne, le chien qui s’assoupit sur le divan, l’animal que nous nous efforçons de domestiquer comme si nous tentions de rapatrier une humanité qui se serait égarée, cet animal qu’une caresse rapide, un morceau de gras ou encore un lac de poussière dans lequel il se roule avec délectation, comblent, cet animal, nous voulons le convoquer dans notre monde : sait-il des choses que nous aurions oubliées en cours de route? Et puis, comment fait-il pour se contenter de si peu?

Sa jouissance est odieuse par moment, il est comme un homme qui a échappé à sa prison et se délecte d’une liberté retrouvée, une épiphanie éternellement recommencée, la première bouffée d’air printanier, la première fois de l’eau fraîche au mitan de l’été, la première fois l’odeur de l’herbe coupée, et le retour de l’école des enfants…

Georges Bataille nous dit que l’homme «doit échapper à sa tête comme à sa prison» ; mais pouvons-nous développer une autre conscience que celle de l’obligation au travail? Est-ce que l’animal domestique est l’agent trouble que nous chérissons secrètement, cet être qui a échappé à la civilisation du travail aliénant, l’agent secret de la maisonnée qui ouvre des profondeurs insoupçonnées…?

Dans les yeux du chat l’abîme s’ouvre, un abîme qui s’appelle poésie. Poésie : profondeur qui nécessairement m’échappe, car, si je peux traiter l’animal comme une chose pas si différente d’une roche ou d’un bout de ciel, dans ses yeux pourtant, il y a des ténèbres où brille une lueur qui me ravit à moi-même, m’éblouit. Oui, nous dit Bataille, un éclat de lumière nous rend à la vue par l’aveuglement même, nous qui traversons nos vies avec des yeux crevés, incapables de vivre un rêve bouleversant, un rêve qui s’appelle la vie sur terre.

- Alexis Martin