Carnet de bord

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Invention du chauffage central en Nouvelle-France: notes de mise en scène

Le 12 Décembre 2011 - NTE

Invention du chauffage central en Nouvelle France
(premier volet de L’histoire révélée du Canada français: 1608-1998)

Mise en scène
Introduction :
Comment mettre en scène cette Invention du chauffage en Nouvelle-France, par quel bout commencer? Comment mettre en scène une grande trilogie qui se déroule de 1608 à 1998? Ce n’est pas évident de vous décrire la mise en scène d’un spectacle avant même d’avoir débuté les répétitions. Beaucoup de désirs, d’intuitions, d’impressions qui vont naître, grandir, se transformer, pour parfois être abandonnées. Elles prendront forme au fil des rencontres et des sessions de travail. Nous sommes dans un processus de création et je tiens à garder la porte ouverte …

Choisir des acteurs et des actrices, généreux, inspirés et inspirants. Rassembler une équipe de concepteurs expérimentés, des collaborateurs de longue date qui connaissent bien notre univers, notre façon de concevoir des spectacles au NTE, qui connaissent aussi mon travail de metteur en scène et ma façon de travailler.

À l’heure qu’il est, il serait donc prématuré de vous décrire une mise en scène qui n’est qu’à l’étape d’intuitions et de désirs. Pourtant, depuis des semaines, au fil des différentes versions du texte d’Alexis, au fil de mes lectures et de mes rêveries, j’ai pris des notes qui orienteront ma mise en scène, ses grandes lignes, ses inspirations et je les partage avec vous ici :

Le BLANC sera la couleur du premier volet de notre trilogie.
La texture du premier spectacle et ses grands traits seront inspirés du froid et du blanc de l’hiver; la neige, la glace, la tempête, le vent, la poudrerie. Je souhaite une radicalité, un perpétuel contraste entre le froid et le chaud, entre la glace et le feu, l’extérieur et l’intérieur.

Au centre de l’espace, une cabane avec un poêle à bois. C’est le lieu principal de toute l’action. Précaire, poétique, essentielle, la cabane est l’image du refuge par excellence. Elle est le lieu du rêve et de la protection, du repli sur soi et de l’échappée imaginaire. Un monde clos qui verra défiler des hommes et des femmes, ceux qui forgeront, en autant d’histoires, notre saga.

Des images seront projetées : la vastitude du territoire glacé, des impressions tantôt hostiles, tantôt accueillantes, les mots de Gaston Miron. Je souhaiterais privilégier des apparitions image par image, plutôt que de la projection vidéo conventionnelle. Des œuvres comme celle de René Derouin, extraites de la « suite nordique » et de la « suite hiver ». Parfois réalistes, plus souvent impressionnistes, ces projections viendront envelopper les acteurs, alors cernés par l’hiver.

Les spectateurs seront assis tout autour de la cabane, ils viendront envelopper cet univers. Rassemblement comme autour d’un feu de camp. Rituel. Les acteurs et les spectateurs dans le même rituel. Ensemble.

Une mise en scène radicale et épurée.
Nous ne suivrons pas une chronologie, les époques se mêleront, ponctuées par les tempêtes, les rafales, la poudrerie et les redoux. Pas de multiplication de lieux, de surcharge d’accessoires : des acteurs qui composent suffisent à nous faire voyager dans le temps et l’espace. Le corps, la voix, le texte : la source même du jeu d’acteur. Une sorte d’archaïsme du jeu, dans un environnement éminemment moderne.

Les costumes se résumeront à un ensemble de manteaux. Uniquement des manteaux, un défilé de styles, d’époques, comme autant de protection et de moyens d’affronter les intempéries, les écarts de température, l’aridité du climat. Beaucoup de fourrure, des polars, des redingotes.

La musique : inspirée du vent. Le vent obsédant, pénétrant, incessant. Cet élément inséparable de l’hiver est présent même quand il se tait, même quand il n’est qu’au loin. La musique serait-elle donc une manière « d’organiser » le vent? De le transformer en chœur, de le contrôler, de le dompter? Quelle sera la mélodie? Peut-on faire d’un élément furieux une mélodie?

La neige : faire neiger au théâtre. Où faire neiger? Dans la cabane, bien sûr :
Transposition de la fureur des éléments : les tempêtes hivernales ont un impact qui traverse toute forme d’abri; soudain l’hiver pénètre la cabane, la brouille. La cabane devient boule de neige. La cabane ne protège plus de l’hiver; la cabane contient l’hiver.

Daniel Brière, metteur en scène.